
"Je suis un champignon vénéneux"
Antécédents Said Taghmaoui
Acteur international
1973. Naissance en banlieue parisienne
1995. Co-écrit le scénario de "La haine", prix de la mise en scène, festival de Cannes
1998. "Marrakech Express" avec Kate Winslet
1999. "Les Rois du désert" avec George Clooney
2000. "Ali Zaoua"
2002. "Entre chiens et loups" avec Richard Berry
Smyet bak ?
Brahim Taghmaoui.
Smyet mok ?
Fatema Bigdi.
Nimirou d’la carte ?
Non, je n’ai pas de carte nationale, mais un code barre si vous voulez (sourire).
Vous êtes une bonne marchandise au moins ?
Nous sommes tous devenus des marchandises. Je suis une marchandise empoisonnée. Ma date limite est passée.
A 32 ans, c’est plutôt dommage !
C’est assez pour faire pas mal de choses, sans jamais être blasé.
Vous êtes au Maroc pour le tournage d’une campagne de sensibilisation pour la prévention routière. Vous croyez être assez populaire pour être influent ?
Je crois que la question de la notoriété ne se pose même pas vu la gravité du sujet. C’est une modeste contribution que j’apporte à une cause qui nous concerne tous. Nous y avons mis toute notre énergie et notre savoir-faire pour sensibiliser et choquer par l’image. J’ai pris l’initiative de proposer cela gracieusement aux autorités qui ont accepté. Les considérations d’image et de popularité m’importent donc peu.
S’il y a 10 morts chaque jour sur les routes, c’est la faute aux flics corrompus ?
Ce qui implique qu’il y a des citoyens corrupteurs pour commencer. Chacun a sa part de responsabilité dans le drame des accidents de la route. Un permis de conduire n’est pas un permis de tuer. Monter dans sa voiture, c’est assumer une grande responsabilité. Pour revenir à votre question, nous n’avons qu’à bien conduire pour ne pas corrompre.
Depuis votre premier grand film, "La haine", vous êtes cantonné aux seconds rôles. Vous êtes content d’être celui "dont on ne se souvient jamais du nom" ?
J’ai encore toute la vie devant moi. Je vis pleinement mon métier d’acteur et construis doucement ma carrière. La médiatisation à outrance, qui frise la propagande militaire bien des fois, n’a jamais été mon cheval de bataille. Je suis là pour servir une histoire qui doit être la véritable star. J’essaye de choisir des rôles intelligents.
Qu’est ce que ça vous fait de vous être fait piquer la vedette par un gosse de 10 ans dans Ali Zaoua ?
Encore une fois, la vedette, c’est l’histoire, ce sont les enfants des rues. Je suis un petit artisan qui apporte une contribution à la chose, c’est tout. J’ai la chance de faire le tour du monde, de vivre des expériences merveilleuses, de rencontrer des gens intéressants. Il faut laisser les étoiles au ciel.
Et c'est pour ça que vous êtes parti à Hollywood ?
Je suis partis à Hollywood par amour du cinéma plutôt qu’à la recherche d’audimat.
Dans une interview, vous parliez du "monde des blancs de Paris". Monsieur serait-il raciste ?
Je ne me rappelle pas avoir utilisé ces mots, mais c’est vrai qu’il y a un véritable problème d’intégration. Il y a très peu de héros à notre image dans le cinéma d’aujourd’hui. Il n y a que quand la fiche d’impôts arrive qu’on est intégrés à 100%. Nous sommes les "minorités visibles à l’écran". ça me fait rire à chaque fois. En 2005, on accède enfin aux droits de l’Homme blanc.
Vous croyez qu’on peut faire carrière avec du charme et du charisme ?
Et moins que ça, même ! Regardez la Star Ac. Au cinéma, une carrière se construit doucement. Il y a beaucoup de champignons aujourd’hui mais qui disparaissent très vite.
Vous n’êtes pas un champignon, vous ?
Un champignon vénéneux. Tu en manges, tu meurs.
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