Le MAROC et la question amazighe
59èmesession du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale
Mars 2003
INTRODUCTION
1) Mandat et déroulement de la mission
A l’occasion de l’examen du rapport du Maroc (CERD/C/430/Add.1. du 10 juin 2002), devant le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) souhaite examiner la question de la conformité de la législation marocaine et de sa mise en œuvre avec la Convention internationale pour l’élimination de toutes formes de discrimination raciale, en particulier pour ce qui a trait à la population amazighe. A cet effet, la FIDH a envoyé une mission d’enquête internationale au Maroc entre le 18 et le 23 décembre 2002. La mission était composée de Samia Slimane, consultante auprès des organisations internationales de défense des droits de l’homme, et de Elin Wrzoncki, bureau Maghreb/ Moyen Orient au secrétariat international de la FIDH. Cette mission avait pour objectifs :
- de recueillir des informations sur la législation marocaine et la pratique des droits culturels au Maroc et de relever les discriminations éventuelles subies par les populations amazighophones au Maroc.
La mission a rencontré à cet effet (liste en annexe) :
- des membres d’ONG appartenant au mouvement associatif amazigh au Maroc ;
- des membres d’associations nationales de défense des droits de l’Homme ;
- le recteur de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM).
2) La question amazighe au Maroc
La population « amazighe » représente environ 30 millions de personnes, réparties sur plusieurs pays du Grand Maghreb-Sahara-Sahel (Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye,Iles Canaries, Niger, Mali, Mauritanie, Burkina Faso). Le critère d’identification des populations amazighes repose sur la langue, le tamazight dont le système d'écriture original, tifinagh, est utilisé et préservé à ce jour par les Touaregs. L’utilisation de la graphie latine pour transcrire l’alphabet tifinagh a été adoptée en Algérie. Les Imazighen au Maroc utilisent aussi bien la graphie latine que la graphie arabe pour écrire le tamazight. Le 5 février 2003, l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), crée en octobre 2001, a tranché en faveur de l’usage de l’alphabet amazigh, le tifinagh.
S’il est difficile d’avancer des chiffres précis quant à l’importance numérique des populations amazighophones au Maroc, aucun recensement ne tenant compte de la langue usitée, il est néanmoins possible de brosser une géographie démographique approximative.
A chaque région du Maroc correspond un parler issu du tamazight : le tarifit, dans le Nord-Est; le tamazight, dans le Moyen Atlas, dans la partie septentrionale du Haut Atlas et dans la région du Sud-Est, et le tachelhit, dans la partie méridionale du Haut Atlas et la région du Sud-Ouest. Selon le mouvement associatif amazigh, autour de 60 % des Marocains seraient amazighophones. Près de 40% se trouveraient dans les centres urbains.
Dans certaines zones rurales, cette proportion se situerait entre 80 % et 100 %. Parmi les amazighophones, plus d’un tiers ne maîtriserait pas l’arabe classique. La Constitution marocaine reconnaît uniquement la réalité arabe comme constitutive de l’Etat marocain. Ainsi, le préambule de la Constitution énonce « le Royaume du Maroc, Etat musulman souverain, dont la langue officielle est l'arabe, constitue une partie du Grand Maghreb Arabe ». L’ensemble du système administratif et politique marocain est dominé par la langue arabe. Le système judiciaire est entièrement arabisé, notamment depuis un dahir de 1965, et il en
va de même des administrations publiques depuis une circulaire de 1998. Le système éducatif est lui aussi dominé par l’arabe. Il faut noter également le fort taux d’analphabétisme au Maroc qui atteint 75% dans les régions rurales, et plus de 35% dans les villes.
Aux fins d’analyse de la conformité de la législation et la pratique marocaine avec la Convention internationale pour l’élimination de toutes formes de discrimination raciale, ce rapport présentera dans un premier temps les dispositions générales constitutionnelles et législatives entourant la liberté religiseuse et la mise en œuvre de la non-discrimination.
Dans un second temps, ce rapport abordera dans le détail les discriminations envers les populations amazighes au Maroc.
59èmesession du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale
Mars 2003
INTRODUCTION
1) Mandat et déroulement de la mission
A l’occasion de l’examen du rapport du Maroc (CERD/C/430/Add.1. du 10 juin 2002), devant le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) souhaite examiner la question de la conformité de la législation marocaine et de sa mise en œuvre avec la Convention internationale pour l’élimination de toutes formes de discrimination raciale, en particulier pour ce qui a trait à la population amazighe. A cet effet, la FIDH a envoyé une mission d’enquête internationale au Maroc entre le 18 et le 23 décembre 2002. La mission était composée de Samia Slimane, consultante auprès des organisations internationales de défense des droits de l’homme, et de Elin Wrzoncki, bureau Maghreb/ Moyen Orient au secrétariat international de la FIDH. Cette mission avait pour objectifs :
- de recueillir des informations sur la législation marocaine et la pratique des droits culturels au Maroc et de relever les discriminations éventuelles subies par les populations amazighophones au Maroc.
La mission a rencontré à cet effet (liste en annexe) :
- des membres d’ONG appartenant au mouvement associatif amazigh au Maroc ;
- des membres d’associations nationales de défense des droits de l’Homme ;
- le recteur de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM).
2) La question amazighe au Maroc
La population « amazighe » représente environ 30 millions de personnes, réparties sur plusieurs pays du Grand Maghreb-Sahara-Sahel (Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye,Iles Canaries, Niger, Mali, Mauritanie, Burkina Faso). Le critère d’identification des populations amazighes repose sur la langue, le tamazight dont le système d'écriture original, tifinagh, est utilisé et préservé à ce jour par les Touaregs. L’utilisation de la graphie latine pour transcrire l’alphabet tifinagh a été adoptée en Algérie. Les Imazighen au Maroc utilisent aussi bien la graphie latine que la graphie arabe pour écrire le tamazight. Le 5 février 2003, l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), crée en octobre 2001, a tranché en faveur de l’usage de l’alphabet amazigh, le tifinagh.
S’il est difficile d’avancer des chiffres précis quant à l’importance numérique des populations amazighophones au Maroc, aucun recensement ne tenant compte de la langue usitée, il est néanmoins possible de brosser une géographie démographique approximative.
A chaque région du Maroc correspond un parler issu du tamazight : le tarifit, dans le Nord-Est; le tamazight, dans le Moyen Atlas, dans la partie septentrionale du Haut Atlas et dans la région du Sud-Est, et le tachelhit, dans la partie méridionale du Haut Atlas et la région du Sud-Ouest. Selon le mouvement associatif amazigh, autour de 60 % des Marocains seraient amazighophones. Près de 40% se trouveraient dans les centres urbains.
Dans certaines zones rurales, cette proportion se situerait entre 80 % et 100 %. Parmi les amazighophones, plus d’un tiers ne maîtriserait pas l’arabe classique. La Constitution marocaine reconnaît uniquement la réalité arabe comme constitutive de l’Etat marocain. Ainsi, le préambule de la Constitution énonce « le Royaume du Maroc, Etat musulman souverain, dont la langue officielle est l'arabe, constitue une partie du Grand Maghreb Arabe ». L’ensemble du système administratif et politique marocain est dominé par la langue arabe. Le système judiciaire est entièrement arabisé, notamment depuis un dahir de 1965, et il en
va de même des administrations publiques depuis une circulaire de 1998. Le système éducatif est lui aussi dominé par l’arabe. Il faut noter également le fort taux d’analphabétisme au Maroc qui atteint 75% dans les régions rurales, et plus de 35% dans les villes.
Aux fins d’analyse de la conformité de la législation et la pratique marocaine avec la Convention internationale pour l’élimination de toutes formes de discrimination raciale, ce rapport présentera dans un premier temps les dispositions générales constitutionnelles et législatives entourant la liberté religiseuse et la mise en œuvre de la non-discrimination.
Dans un second temps, ce rapport abordera dans le détail les discriminations envers les populations amazighes au Maroc.