Agraw_n_Bariz
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Les Zénètes de Gourara ...
Extrait d'un article de Rachid Bellil, maître de conférences à l’Inalco, Paris.
[Article publié dans le numéro 24 de la revue Passerelles, 2002.]
Les Zénètes du Gourara constituent un groupe humain vivant dans une centaine d’oasis situées au sud de l’Atlas saharien et au nord du Twat (sud-ouest de l’Algérie). Ces oasis étaient protégées au nord par les dunes de l’erg occidental et à l’est par le plateau du Meguiden et du Tadmaït. Vers l’ouest, les oasis du Gourara étaient liées à celles qui s’étaient implantées le long de l’oued Saoura et qui étaient peuplées de Zénètes berbérophones. Les ksour de l’oued Saoura étaient quant à eux liés, au nord, avec les ksour de l’Atlas saharien (Aïn Sefra) et au-delà avec la cité de Tlemcen, et à l’ouest avec les ksour berbérophones de Figuig et du Tafilalt qui se trouvent au Maroc.
La région du Gourara, qui durant longtemps n’a pas été différenciée du Twat, a suscité peu de recherches et reste par conséquent largement méconnue. Pourtant, les informations contenues dans certains ouvrages de géographes et historiens arabes du Moyen-âge montrent que le passé du Gourara remonte à un lointain passé. Ces sources nous permettent d’avancer un certain nombre d’éléments sur le peuplement de cette région ainsi que sur les relations qu’elle entretenait avec des cités situées au nord du Sahara et dont certaines étaient le siège de pouvoirs dont l’influence s’exerçait de manière intermittente sur ces oasis sahariennes ; la motivation essentielle étant le contrôle du commerce caravanier entre les pays du Nord de l’Afrique et ceux du bilad al-Sudan, le pays des Noirs.
Le peuplement
Concernant le peuplement, nous savons que plusieurs groupes humains ont occupé ces oasis.
Les Haratin d’abord, qui seraient les descendants d’une ethnie mentionnée déjà par Hérodote et appelée par la suite Aethiopes, très probablement issue des populations noires qui peuplaient le Sahara jusqu’à l’Atlas saharien et qui se sont progressivement retirées vers le sud en raison du processus de désertification. Certains de ces groupes seraient restés, occupant les endroits de plus en plus rares dans lesquels la présence de l’eau permettait une agriculture d’oasis. Ces Haratin, dont les ancêtres seraient donc les autochtones des oasis sahariennes, ont vu par la suite les arrivées de plusieurs autres groupes qui se sont imposés.
Les Gétules d’abord, qui étaient connus à l’époque romaine comme nomadisant dans le centre de l’Afrique du Nord, ont probablement visité le Twat et le Gourara, tout comme les Garamantes, plus à l’est, avaient depuis le Fezzan reconnu le Tassili n Ajjer, l’Ahaggar et certainement des lieux situés plus au sud. Cette présence des Gétules dans le Sahara remonterait aux débuts de l’ère chrétienne. À partir du IIIe siècle après J.-C, seraient arrivés, venant du nord-est de l’Afrique du Nord (sud de la Tunisie actuelle et de la Cyrénaïque) de petites communautés de Juifs vraisemblablement accompagnés ou suivis de Berbères judaïsés. Les sources écrites permettent de localiser cette migration dans plusieurs localités du Twat, la plus importante étant Tamentit qui fut considérée comme la capitale d’une « Palestine twatienne », mais nous savons que les chroniques locales et la tradition orale nous autorisent à repérer les lieux dans lesquels cette ancienne présence juive est mentionnée dans certains ksour du Gourara.
Du VIIe au XIe siècles, il apparaît que ce sont les Zénètes du Maghreb central qui arrivent par petits groupes dans les oasis. Quatre éléments au moins permettent d’expliquer ces migrations : d’abord, la poursuite d’un processus de reconnaissance de lieux situés au sud de l’Atlas saharien dans lequel nomadisaient les Zénètes ; ensuite, la fuite vers le Sahara, consécutive aux premiers contacts avec les islamisateurs, de communautés Zénètes judaïsées ; troisièmement, le développement du commerce caravanier avec le bilad al-Sudan après la fondation de l’imamat ibadite à Tahert, qui a entraîné les Zénètes à travers le Sahara, et enfin la probable migration de Zénètes ibadites, de l’Atlas saharien vers le Twat-Gourara, après la chute de Tahert.
À partir du XIe siècle, le Gourara verra les arrivées de deux autres groupes : des Berbères de l’Ouest et surtout du Tafîlalt, mais aussi de régions situées plus au sud, qui traverseront la Saoura pour parvenir à ces oasis ; un peu plus tard, parviennent les premiers groupes de nomades arabes qui se contentent au début de faire des va-et-vient entre l’Atlas saharien et le Gourara avant de s’installer dans le Meguiden. Ces groupes de nomades arabes étendront progressivement leur domination sur les ksour situés sur la bordure orientale du Gourara et du Twat. C’est à partir de ce moment que les premières indications sur ces deux régions sont fournies par les géographes et historiens arabes dans leur description du Sahara...
Source : amadalamazigh.com
[ Edité par Agraw_n_Bariz le 21/6/2005 2:22 ]
Extrait d'un article de Rachid Bellil, maître de conférences à l’Inalco, Paris.
[Article publié dans le numéro 24 de la revue Passerelles, 2002.]
Les Zénètes du Gourara constituent un groupe humain vivant dans une centaine d’oasis situées au sud de l’Atlas saharien et au nord du Twat (sud-ouest de l’Algérie). Ces oasis étaient protégées au nord par les dunes de l’erg occidental et à l’est par le plateau du Meguiden et du Tadmaït. Vers l’ouest, les oasis du Gourara étaient liées à celles qui s’étaient implantées le long de l’oued Saoura et qui étaient peuplées de Zénètes berbérophones. Les ksour de l’oued Saoura étaient quant à eux liés, au nord, avec les ksour de l’Atlas saharien (Aïn Sefra) et au-delà avec la cité de Tlemcen, et à l’ouest avec les ksour berbérophones de Figuig et du Tafilalt qui se trouvent au Maroc.
La région du Gourara, qui durant longtemps n’a pas été différenciée du Twat, a suscité peu de recherches et reste par conséquent largement méconnue. Pourtant, les informations contenues dans certains ouvrages de géographes et historiens arabes du Moyen-âge montrent que le passé du Gourara remonte à un lointain passé. Ces sources nous permettent d’avancer un certain nombre d’éléments sur le peuplement de cette région ainsi que sur les relations qu’elle entretenait avec des cités situées au nord du Sahara et dont certaines étaient le siège de pouvoirs dont l’influence s’exerçait de manière intermittente sur ces oasis sahariennes ; la motivation essentielle étant le contrôle du commerce caravanier entre les pays du Nord de l’Afrique et ceux du bilad al-Sudan, le pays des Noirs.
Le peuplement
Concernant le peuplement, nous savons que plusieurs groupes humains ont occupé ces oasis.
Les Haratin d’abord, qui seraient les descendants d’une ethnie mentionnée déjà par Hérodote et appelée par la suite Aethiopes, très probablement issue des populations noires qui peuplaient le Sahara jusqu’à l’Atlas saharien et qui se sont progressivement retirées vers le sud en raison du processus de désertification. Certains de ces groupes seraient restés, occupant les endroits de plus en plus rares dans lesquels la présence de l’eau permettait une agriculture d’oasis. Ces Haratin, dont les ancêtres seraient donc les autochtones des oasis sahariennes, ont vu par la suite les arrivées de plusieurs autres groupes qui se sont imposés.
Les Gétules d’abord, qui étaient connus à l’époque romaine comme nomadisant dans le centre de l’Afrique du Nord, ont probablement visité le Twat et le Gourara, tout comme les Garamantes, plus à l’est, avaient depuis le Fezzan reconnu le Tassili n Ajjer, l’Ahaggar et certainement des lieux situés plus au sud. Cette présence des Gétules dans le Sahara remonterait aux débuts de l’ère chrétienne. À partir du IIIe siècle après J.-C, seraient arrivés, venant du nord-est de l’Afrique du Nord (sud de la Tunisie actuelle et de la Cyrénaïque) de petites communautés de Juifs vraisemblablement accompagnés ou suivis de Berbères judaïsés. Les sources écrites permettent de localiser cette migration dans plusieurs localités du Twat, la plus importante étant Tamentit qui fut considérée comme la capitale d’une « Palestine twatienne », mais nous savons que les chroniques locales et la tradition orale nous autorisent à repérer les lieux dans lesquels cette ancienne présence juive est mentionnée dans certains ksour du Gourara.
Du VIIe au XIe siècles, il apparaît que ce sont les Zénètes du Maghreb central qui arrivent par petits groupes dans les oasis. Quatre éléments au moins permettent d’expliquer ces migrations : d’abord, la poursuite d’un processus de reconnaissance de lieux situés au sud de l’Atlas saharien dans lequel nomadisaient les Zénètes ; ensuite, la fuite vers le Sahara, consécutive aux premiers contacts avec les islamisateurs, de communautés Zénètes judaïsées ; troisièmement, le développement du commerce caravanier avec le bilad al-Sudan après la fondation de l’imamat ibadite à Tahert, qui a entraîné les Zénètes à travers le Sahara, et enfin la probable migration de Zénètes ibadites, de l’Atlas saharien vers le Twat-Gourara, après la chute de Tahert.
À partir du XIe siècle, le Gourara verra les arrivées de deux autres groupes : des Berbères de l’Ouest et surtout du Tafîlalt, mais aussi de régions situées plus au sud, qui traverseront la Saoura pour parvenir à ces oasis ; un peu plus tard, parviennent les premiers groupes de nomades arabes qui se contentent au début de faire des va-et-vient entre l’Atlas saharien et le Gourara avant de s’installer dans le Meguiden. Ces groupes de nomades arabes étendront progressivement leur domination sur les ksour situés sur la bordure orientale du Gourara et du Twat. C’est à partir de ce moment que les premières indications sur ces deux régions sont fournies par les géographes et historiens arabes dans leur description du Sahara...
Source : amadalamazigh.com
[ Edité par Agraw_n_Bariz le 21/6/2005 2:22 ]