mort des langues:variations linguistiques

agoram

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On croit rêver... (1/4/2001)
Variations linguistiques

Dans la spirale infernale de notre quotidien, il est réconfortant de voir intellectuels et chercheurs se pencher sur les dangers qui menacent langues et dialectes et constater, avec amertume et indignation, que des dizaines de langues ont disparu de la planète.
Qui dit langue dit culture, arts, traditions, us et coutumes, croyances et civilisation.
Qui dit langue pense au premier fondement de la constitution d'une entité, d'une nation.
Ce n'est pas sans raison que l'on dit chez nous, dans cette Afrique morcelée qu'un vieillard qui meurt, c'est toute une bibliothèque qui brûle.
N'est-il pas le conservateur, le gardien vigilant des trésors de l'héritage spirituel des ancêtres, le sage qui conseille et le conteur que l'on écoute ?
N'est-il pas la mémoire qui enregistre et transmet maintenant, développant, enrichissant le plus merveilleux des liens, le plus extraordinaire outil de communication, la langue, les dialectes qui sont la source de l'évolution des choses et des êtres dans leurs relations réciproques.
Prenons par exemple le Tamazight qui n'est pas un dialecte mais une langue d'une incroyable richesse, d'une densité incomparable, d'une extraordinaire malléabilité, à l'aise dans un texte de Saint Augustin, un poème de Roüs Belaïd, une explication grammaticale, le chant des moissonneurs ou un appel à la guerre, un sermon pieux ou les débats démocratiques des membres d'une jmaâ.
Le Bordas nous donne la définition suivante du dialecte : formes particulières que prend une langue suivant la région, la province...
S'il est vrai que le Souiri ne parle pas comme le Fassi, que le Tangérois ne s'exprime pas comme l'habitant de Smara, on ne peut parler de dialecte, pas même d'idiomes.
Il y a l'arabe dialectal, l'arabe classique.
Par contre, peut-on parler d'idiome propre à une corporation, un métier ou un art ? Un exemple «Al Malhoun». Ce n'est ni du dialectal ni du classique. Une langue à part faite d'émaux et camées, de mots ciselés, gorgés de vie et de poésie, mots sensibles, vivants, brillants, pleins de bon sens et de sens, de sentiment et d'évocation.
«Langue» à part, certes, mais comprise par tous, goûtée et appréciée par tous ses images, sa sonorité, son rythme, sa chaleur, sa sincérité.
Elle est poésie, elle est chant et rythme, complainte et mélodie, elle est un art, inimitable, unique au monde, née dans les échoppes et au fond des palais, au cœur des vieilles demeures et dans les humbles chaumières.
«Al Malhoun» à découvrir ou à redécouvrir.
A écouter. A comprendre et à défendre.

Mohammed Ferhat


albayane
 
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