Tunisie : revaloriser la culture amazighe ?

agerzam

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Une fondation suisse au secours des enfants

Tunisienne jusqu’au bout des ongles, Sonia Hanachi est également une femme de terrain et de cœur, profondément attachée à ses racines. C’est probablement ce qui l’a faite atterrir à Genève, ville humaniste par excellence, après 25 années en Tunisie. Passée sans transition du secteur du voyage à celui des organismes internationaux, elle est immédiatement engagée aux Nations Unies auprès du secrétariat du Prince Aga Khan dans le cadre du programme “ Operation Salam ” puis au département des bourses attribuées par les Nations Unies aux étudiants provenant des PED (Pays en Développement) pour finir à la coopération technique, au sein du Département des affaires économiques et sociales.

Elle décide voilà deux ans de se lancer dans une aventure magique, qui la mène aujourd’hui dans le monde riche du rapprochement des cultures à travers l’enfance défavorisée, grâce à la Fondation Internationale pour les Enfants du Monde (FIEM)1., une ONG dans laquelle elle a décidé de s’investir corps et âme et dont elle est aujourd’hui la Présidente.

De passage à Tunis dans le cadre des préparatifs du Sommet Mondial sur la Société de l’Information, dont la deuxième phase se tiendra dans notre pays en 2005, elle s’est livrée à Femmes & Réalités avec l’enthousiasme communicatif qui la caractérise.

Comment l’idée de créer la Fondation Internationale pour les Enfants du Monde a-t-elle germé ?

Dans le cadre de mes activités aux Nations Unies, en particulier au sein du Club Harmonia, j’ai été amenée à assurer la logistique et la préparation de l’arrivée d’une délégation de soixante enfants, provenant du monde entier. Ces enfants, issus de milieux défavorisés, devaient apporter un message de paix à Mary Robinson, à l’époque Haut Commissaire aux Droits de l’Homme. La rencontre avec cette délégation d’enfants a été le départ d’une longue réflexion concernant la suite qui pourrait être apportée à cet évènement. De nombreuses questions se posaient par rapport à la manière d’être mieux à l’écoute de leurs aspirations, appréhender leur quotidien et les questions portant sur leur avenir, en particulier savoir de quoi ils avaient besoin pour construire cet avenir.

C’est pourquoi j’ai décidé de fonder un organisme crédible au niveau international, puisqu’il s’agit d’une fondation. Pour l’anecdote, il se trouve que la signature des statuts de la FIEM s’est faite le 22.02.2002, un jour hautement symbolique puisqu‘il correspondait également à l’Aïd Esseghir...

Quel type de projets soutenez-vous au sein de la FIEM ?

Nous avons de nombreux projets. Certains sont déjà en cours, notamment au Burkina Faso, d’autres sont encore en chantier, en particulier celui qui me tient le plus à cœur puisqu’il verra le jour en Tunisie, un pays auquel je suis restée très attachée.

Concernant les projets réalisés, notre fondation a initié un programme au sein de plusieurs établissements scolaires du Burkina Faso. Tout d’abord un projet intitulé “ Cantines et jardins scolaires ”, qui permet aux enfants de cultiver, dans un espace réservé de leur école, les légumes et fruits qui serviront à la confection de leurs repas. Puis, la FIEM a mis en place un projet de “ Classes informatiques ” et a réussi à convaincre un constructeur de matériel informatique d’équiper cinq classes situées dans cinq régions du Burkina avec du matériel neuf —j’insiste sur ce point fortement lié, à mon sens, à la notion de dignité que notre organisation souhaite véhiculer— pour une valeur de 100.000 dollars US. C’est d’ailleurs la raison de ma présence en Tunisie pour les préparatifs du SMSI. En effet, au cours des réunions qui se sont tenues au mois de juin à Hammamet, j’ai présenté la FIEM comme une passerelle à la recherche de partenaires fiables afin d’élaborer un projet pilote qui serait susceptible d’être élargi aux vingt pays du Bassin méditerranéen.

Quels sont les idéaux que vous souhaitez mettre en valeur à travers ces actions ?

Le but principal de la FIEM est d’améliorer le parcours éducatif des enfants et des jeunes de moins de 25 ans afin de leur offrir une vraie chance, dans la dignité.

Quels sont les projets concrets qui seront menés en Tunisie ?

En Tunisie, notre fondation s’est approchée de la l’Association de Solidarité Internationale (ASI) avec laquelle nous avons signé un accord de partenariat. Nous allons mettre en œuvre une collaboration dans le cadre de deux projets qui pourront constituer à court ou moyen terme des projets pilotes pour l’ensemble des pays du pourtour méditerranéen. Outre un premier programme, intitulé “ Artistes en herbe ”, d’encouragement à la création artistique et à l’épanouissement des enfants en situation d’échec ou de difficulté scolaire, ma visite de Testour m’a donné envie de greffer au projet principal la revalorisation de la culture berbère aussi bien au niveau de la langue que du point de vue architectural.

De quoi s’agit-il exactement ?

Soutenu moralement par le peintre Hédi Turki, véritable autodidacte également, le programme “ Artistes en herbe ” va permettre de repérer, déjà dans l’Enseignement primaire, des élèves qui auraient des talents autres que scolaires mais aussi des élèves du Secondaire qui souhaiteraient effectuer une carrière artistique mais que le manque de moyens ou encore des idées reçues freineraient.

Je suis persuadée qu’un enfant en situation d’échec ou de difficulté scolaire n’est pas pour autant en échec de vie. C’est aux adultes que nous sommes de le guider et de lui ouvrir d’autres voies.

L’autre constat que je n’ai pu m’empêcher de faire, à mon grand regret, est la tendance de certains pays du Bassin méditerranéen à transformer le patrimoine culturel traditionnel en ce que j’appellerai le “ bricolage touristique ”. On crée pour vendre, et bien que je ne dénigre nullement cet aspect lucratif, je regrette que des valeurs sûres comme les valeurs identitaires disparaissent avec la mort des Anciens. La passation et la revalorisation du savoir sont vitales pour une culture aussi riche historiquement que la nôtre.

Cependant, et j’insiste sur ce point, tout va dépendre de la collaboration avec le groupe de travail de l’ASI. Leur part du travail consiste à concevoir un projet qui tienne la route, pourquoi pas un concours national afin de dénicher de jeunes talents, susceptible de constituer un modèle adaptable à d’autres pays méditerranéens, notre objectif étant également de démontrer les points communs entre les cultures de cette région.





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